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Interview de Raimundo Ela Nsang sur RFI : Si rien ne change en Guinée équatoriale, le pays va sombrer dans le chaos…

A l’occasion du Sommet États-Unis-Afrique qui doit se dérouler à Washington, à l’invitation du président Barack Obama, et auquel a été convié Teodoro Obiang Nguema, le dirigeant de la Guinée équatoriale, l’opposant équato-guinéen Raimundo Ela Nsang s’est exprimé, le 28 juillet dernier, sur les ondes de RFI.

Interviewé par la journaliste Nathalie Amar, le Secrétaire exécutif de la CORED (Coalition pour la Restauration de la Démocratie en Guinée équatoriale) a renouvelé son appel au président Obiang afin qu’il se retire « dans la dignité », « afin de réaliser une transition politique ordonnée, sous le contrôle de la Communauté internationale. »

– Vous parlez d’extrême urgence en Guinée équatoriale, c’est une extrême urgence sociale avant tout ?

C’est une extrême urgence sociale et politique en même temps. Si l’on continue avec ce système de corruption généralisée, l’avenir de ce pays sera catastrophique : Nous serons sans pétrole, sans diversification économique… Nous n’avons même plus d’agriculture de subsistance. Toute la nourriture est importée du Cameroun. Si ces gens-là restent au pouvoir, la situation va empirer, le pays va sombrer dans le chaos.

– Vous dîtes que le président Obiang est âgé et qu’il n’a pas préparé la relève politique. Il y a pourtant son fils Teodorin qui semble tout désigné pour lui succéder, non ?

Obiang a plus de trente enfants. D’autres sont moins connus que Teodorin comme Gabriel qui depuis longtemps est le ministre du pétrole et qui a profité comme l’autre de la corruption. Obiang a aussi des frères. Il y a des luttes internes dans le clan familial pour la succession.

Tous les membres de l’entourage présidentiel sont riches, ils sont armés, ils ont peur de perdre leurs biens. Certains ont pour leur protection des hommes armés. Parfois, ces « armées parallèles » s’affrontent et échangent des coups de feu.

En Guinée équatoriale, il y a pourtant des gens qui souhaitent que soit trouvée une solution politique, mais Obiang fait en sorte qu’on ne parle pas de l’opposition qui est prête à prendre la relève. Il sait occuper et distraire les médias en échafaudant des projets absurdes comme Oyala, l’intégration à la CPLP ou le prix UNESCO, tout en méprisant son opposition. Lui-même a dit : tous ceux qui me critiquent, ce sont comme des chiens qui aboient. Les chiens aboient, la caravane passe…

Il n’est pas nécessaire de recourir à une intervention armée, mais il y a des pressions à exercer qui sont susceptibles de faire avancer les choses…

– Une solution politique qui inclurait le départ du président actuel ?

Raimundo Ela Nsang RFI 2014 2Oui, un départ dans la dignité qu’il faut négocier avec Obiang dans un pays étranger. Rien n’est possible avec lui à l’intérieur du pays. Il avait déjà proposé un Dialogue national avec l’opposition au début des années 1990, et beaucoup d’opposants ont fini en prison ou sont morts…

Il n’y a pas d’autre solution que de laisser le peuple équato-guinéen élire ses dirigeants, et en toute transparence. Je crois que le peuple équato-guinéen est mûr et saura choisir ceux qui pourront résoudre les problèmes du pays.

– Pourriez-vous parler plus concrètement des problèmes des Équato-guinéens au quotidien ?

Par exemple, dans le domaine de la santé, l’état des hôpitaux est catastrophique. Les Équato-guinéens meurent dans les hôpitaux sans médicaments. Si vous allez en Guinée, on va vous montrer une clinique moderne, construite par la Première Dame, mais ce n’est pas le reflet de la réalité nationale.

En Guinée équatoriale, les enfants souffrent de la malnutrition. Ce n’est pas normal pour un pays qui se dit le plus riche du continent africain.

Récemment, les étudiants de la capitale se sont révoltés parce qu’on ne leur paient pas une bourse d’études qui s’élève à 75 euros par mois. Le pays le plus riche d’Afrique ne peut pas verser une bourse mensuelle de 75 euros à ses étudiants !

Et puis, le taux de criminalité commence à augmenter en Guinée, il y a des tensions sociales. Avant le pétrole, nous étions pauvres, mais nous étions un peuple pacifique qui connaissait une forme de convivialité, on pouvait dormir tranquillement dehors en toute sécurité, sans risque d’être inquiété, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Surce: Association France-Guinée Equatoriale